jeudi, décembre 08, 2005

Conversation avec un mur


Ça faisait au moins un an que je voulais dessiner ce mur. La première fois que je suis tombée amoureuse de lui, y’avait Nicolas Cage en gros plan, collé dessus qui me regardait. Mais la culture, c’est comme la nature en accéléré. Peu de temps après, Cage avait été remplacé par autre chose. Je me souviens m’être dit que je pourrais toujours y ajouter l’affiche. Après tout, en dessin on fait ce qu’on veut, mais l’élan n’y était plus. Quand je longeais la rue Bellachasse vers l’ouest, je lorgnais du côté de la maison toute nue en me répétant : « faudrait bien que je vienne dessiner ce mur avant qu’on me l’habille ». Puis l’hiver… puis pas le temps… puis hier matin en revenant du YMCA, que vois-je? La magnifique affiche de Planter le décor.* Il n’y avait pas d’image plus juste, Fred Fortin sur fond de bois. C’était trop beau. Je suis revenue le lendemain, heureuse de voir qu’il y était toujours. J’ai sorti mon carnet, prête à savourer ce tête à tête, j’ai choisi mon angle, j’ai observé les points de fuite…. Allez, je me lance, pis là… merde! Ça ne va pas du tout. Avez-vous déjà essayé de dessiner avec des mitaines!? L’enfer. C’est comme essayer de chanter avec un bâillon sur la bouche. Grrrrrr, je rage. Je me dis « attends un peu » et je repense à ce type qui dessine en Sibérie** . J’enlève la mitaine opprimante et libère la main. Je reprends mon crayon et là, je pose la première ligne… Ben non, je ne pose rien du tout parce que l’encre a gelé et qu’il n’y a rien qui sort. C’est pas vrai (un câlisse ici). D’habitude, je prends un crayon à mine, mais là, va savoir pourquoi, j’ai voulu faire ma courageuse, celle qui n’a pas besoin d’effacer et je n’ai que ça, un bon vieux bic bleu qui refuse de parler. Bon ça ne fait rien, j’ai mon petit appareil numérique et j’aurai cette image coûte que coûte. Aller hop, un petit clic et c’est fait. Je finirai ça au chaud dans mon atelier, allume --- zzzzippp --- message --- change your battery pack. Nooooon! S’il te plaît… aller… je t’en prie, rallume… Mon Dieu, ça tient le coup. Whaouuu! J’ai juste eu le temps de faire le cliché avant que l’appareil ne s’endorme. Morale, être armé jusqu’aux dents quand on part à la chasse.

* Martin Bureau
**Benjamin Flao et Bernard Buigues, Carnet de Sibérie Mamumuths expedition. Éd. Glénat 2002